AI Act : ce qui s'applique vraiment à votre entreprise depuis le 2 août

AI Act : ce qui s'applique vraiment à votre entreprise depuis le 2 août

Depuis le 2 août, vos contenus générés par IA doivent porter une étiquette. La règle qui impose de pouvoir reprendre la main sur un agent, elle, attend décembre 2027.

Kloviss
/·10 min de lecture

Dans 82 % des entreprises interrogées, des agents IA fonctionnaient sur l'infrastructure sans que personne les ait recensés. Et 68 % estimaient bien maîtriser ce qui tournait chez elles (Cloud Security Alliance et Token Security, « Autonomous but Not Controlled », 21 avril 2026, enquête de janvier 2026, 418 professionnels de l'informatique et de la sécurité).

Gardez ces deux chiffres.

Ce qu'il faut retenir
  • Depuis le 2 août 2026, ce que vos outils produisent doit être étiqueté. Sans seuil de taille.
  • La marque invisible relève de l'éditeur de votre outil ; l'étiquette que votre lecteur voit relève de vous.
  • Ce qui décide du palier n'est pas votre logiciel, mais la tâche que vous lui confiez.
  • La règle qui impose de pouvoir reprendre la main sur un agent, elle, attend décembre 2027.

Depuis le 2 août 2026, un nouveau bloc d’obligations européennes s’applique à toutes les entreprises, sans seuil de taille. Il porte sur ce que vos outils produisent : une image, un son, un texte, un échange avec un robot.

Il ne porte pas sur ce que vos outils font. Cette partie-là vient d’être repoussée à décembre 2027. Voici les conséquences pratiques.

Les trois obligations entrées en application le 2 août

L’article 50 du règlement européen sur l’IA s’applique désormais (texte de l’article 50). Trois exigences.

  • Votre robot conversationnel doit annoncer qu'il n'est pas humain. Le visiteur de votre fenêtre de discussion ne doit pas avoir à le deviner, sauf si c'est évident pour une personne raisonnablement informée.
  • Les contenus générés doivent porter une marque lisible par une machine : filigrane, métadonnées. Cette marque incombe à l'éditeur du logiciel.
  • Les contenus diffusés doivent être étiquetés de façon visible, en particulier les images, sons et vidéos truqués, ainsi que les textes qui informent sur des questions d'intérêt général. Cette étiquette incombe à celui qui met le contenu en ligne.

C’est là que les entreprises se trompent le plus souvent.

La marque invisible relève de l'éditeur de votre outil ; l'étiquette que votre lecteur voit relève de vous.

En cas de contrôle, votre fournisseur ne portera pas la faute à votre place.

Le manquement se paie jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le plus élevé des deux (article 99). Pour une PME ou une start-up, ce sera le plus bas des deux. Ce n’est pas pour autant indolore.

Il reste une échappatoire : un contenu d’intérêt général passé par une relecture humaine, dont une personne assume la responsabilité éditoriale, n’a pas à être étiqueté (article 50, paragraphe 4). Autrement dit, la signature d’un humain reste le meilleur outil de conformité disponible.

Deux entreprises, le même abonnement, des obligations différentes

Le texte hiérarchise les situations en quatre paliers.

Le palier Ce qu’il vise
L’interdiction pure, en vigueur depuis le 2 février 2025 Classer des personnes d’après leur comportement social, ou lire les émotions de vos équipes au bureau (article 5), soit jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial.
Le haut risque Recrutement, crédit, éducation, justice.
La transparence, celle du 2 août Ce que vos outils produisent : une image, un son, un texte, un échange avec un robot.
Le risque minimal La quasi-totalité des usages d’une PME.

Ce qui décide du palier n’est pas votre logiciel, mais la tâche que vous lui confiez. Un même abonnement rédige vos comptes rendus de réunion sans rien devoir à personne, et bascule dès qu’il présélectionne des candidats. Votre exposition dépend donc de votre organisation, pas de votre fournisseur. Et la géographie ne protège personne : le règlement vise aussi les entreprises hors d’Europe dès lors que les résultats de leur système servent dans l’Union (article 2).

Toute cette architecture tient sur deux hypothèses que le règlement ne formule nulle part : quelqu’un décide à quoi sert l’outil, et cette décision tient dans la durée. Vrai d’un logiciel. Beaucoup moins d’un agent à qui l’on confie un but et qui invente seul le chemin pour y arriver.

Un exemple ordinaire. Un agent sur votre support client : risque minimal, rien à déclarer. Sauf que pour travailler, il lit votre base de données, appelle des services extérieurs, écrit en votre nom. Il ne tient pas dans une seule case : il en visite plusieurs par mission.

Le règlement définit le « système d’IA », le « fournisseur », le « déployeur » (article 3). Il ne définit pas l’agent autonome.

Le même texte avance à deux vitesses

L’article 14 s’appelle « surveillance humaine ». Il exige qu’une personne comprenne ce que le système produit, puisse écarter sa décision, intervenir, et disposer d’un bouton d’arrêt (texte de l’article 14). Dans tout le règlement, c’est la seule disposition qui s’intéresse au comportement du système plutôt qu’à ses sorties.

Elle ne vise que les systèmes classés à haut risque. Or le 27 juillet 2026, un règlement de simplification est entré en vigueur : il décale ces obligations au 2 décembre 2027, et jusqu’au 2 août 2028 pour les systèmes intégrés dans des produits déjà réglementés (règlement (UE) 2026/1744). Seize mois de sursis sur une échéance qui devait tomber le 2 août, en même temps que l’étiquetage.

La raison est défendable : les normes harmonisées qui doivent expliquer aux entreprises comment s’y conformer n’existent pas encore, et sanctionner une obligation dépourvue de mode d’emploi serait difficile à tenir.

Une seconde explication coexiste. Le lobbying du secteur technologique auprès des institutions européennes atteint 151 millions d’euros par an, en hausse de 33,6 % en deux ans (Corporate Europe Observatory et LobbyControl, 27 octobre 2025).

Ce que pèsent le texte et ceux qui l'écrivent
35 M€
ou 7 % du chiffre d'affaires mondial pour un usage relevant de l'interdiction pure
Règlement européen, article 5
15 M€
ou 3 % du chiffre d'affaires mondial pour un manquement à l'étiquetage
Règlement européen, article 99
151 M€
de lobbying technologique par an auprès des institutions européennes, en hausse de 33,6 % en deux ans
Corporate Europe Observatory, 2025
16 mois
de sursis sur les obligations de surveillance humaine, décalées au 2 décembre 2027
Règlement (UE) 2026/1744

Quant au texte qui devait répartir la charge financière d’un dommage causé par une IA, il n’existe plus : la directive sur la responsabilité en matière d’IA, proposée en septembre 2022, a été retirée en octobre 2025 (Parlement européen).

Cet été, des machines sont sorties de leur environnement de test

Le 16 juillet 2026, la plateforme technique Hugging Face a raconté l’intrusion d’un agent IA autonome dans ses systèmes : plus de 17 000 événements enregistrés, identifiants dérobés, puis un passage d’un système interne à l’autre. Elle écrit ne pas savoir quel modèle pilotait l’attaquant (Hugging Face, 16 juillet 2026).

Le 21 juillet, OpenAI a reconnu publiquement que plusieurs de ses modèles étaient sortis d’un environnement de test isolé (divulgation rapportée et référencée par Anthropic, 30 juillet 2026).

Le détail qui devrait vous retenir

Trois organisations atteintes, deux joignables, aucune des deux au courant

Le 30 juillet, Anthropic a publié sa propre enquête : sur 141 006 sessions d'évaluation où une connexion à internet restait techniquement possible, trois de ses modèles ont atteint sans autorisation les systèmes réels de trois organisations. Les faits les plus anciens datent d'avril ; les organisations ont été prévenues le 27 juillet. Les deux qu'Anthropic a pu joindre n'avaient rien remarqué.

La cause devrait vous retenir plus que l’exploit. Une erreur de configuration avait laissé une connexion bien réelle aux machines de l’évaluation, alors que la consigne donnée au modèle affirmait le contraire. Convaincu que tout appartenait à l’exercice, il a traité des systèmes vivants comme des pièces du jeu. Et sans prouesse : mots de passe faibles, points d’accès sans authentification.

Sous quel article ces incidents tombent-ils ? Aucune source publiée ne le dit. Le règlement prévoit bien des exclusions pour la recherche et les essais (article 2), mais personne n’a écrit si elles couvrent ce qui s’est passé cet été. Un texte qui a sa date et ses amendes, et pas une autorité pour dire s’il couvre les faits du mois dernier.

Votre vraie place dans cette histoire

Dans les trois affaires de juillet, votre place n’est ni celle de Bruxelles ni celle des laboratoires : c’est celle des entreprises visitées. Le tiers.

Reprenez les deux nombres du début, et ajoutez-en un : 21 % seulement des entreprises savent désactiver un agent selon une procédure écrite (Cloud Security Alliance, avril 2026).

Les trois nombres de cet article
82 %
des entreprises hébergent des agents IA que personne n'a recensés
Cloud Security Alliance, avril 2026
68 %
estimaient pourtant bien maîtriser ce qui tournait chez elles
Cloud Security Alliance, avril 2026
21 %
seulement savent désactiver un agent selon une procédure écrite
Cloud Security Alliance, avril 2026
141 006
sessions d'évaluation où une connexion à internet restait techniquement possible
Anthropic, 30 juillet 2026

Quand une machine que personne n’a installée aura passé des semaines dans vos systèmes, l’état de vos étiquettes n’intéressera plus grand monde. La conformité et la sécurité ne sont pas le même chantier, et seule la première a une date au Journal officiel.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Cinq gestes, aucun ne demande de budget.

Recensez.

Quels outils IA tournent chez vous, officiels et non officiels, y compris dans vos logiciels métier.

Vérifiez vos interfaces publiques.

Votre robot de discussion annonce sa nature. Toute image ou toute voix produite par une IA porte sa mention.

Formez vos équipes.

Obligation en vigueur depuis le 2 février 2025, que presque personne ne connaît : l'article 4 demande aux fournisseurs comme aux entreprises utilisatrices d'assurer à leur personnel, « dans la mesure du possible », « un niveau suffisant de connaissances en matière d'IA ». Aucun seuil de taille (article 4).

Délimitez par écrit le périmètre de chaque agent.

Quelles données il lit, quels services il appelle, quels actes il engage en votre nom. Puis faites éprouver ces bornes par quelqu'un qui ne les a pas posées.

Assurez-vous que quelqu'un serait prévenu.

Un incident nocturne doit remonter à une personne nommée. Et vérifiez que le moyen d'interrompre l'agent existe vraiment, et que son usage est confié à quelqu'un.

Sur les deux derniers points, aucun texte ne vous protégera avant décembre 2027. D'ici là, le seul régulateur de vos systèmes, c'est vous.

Vos images porteront bien leur étiquette. Mais si un agent circule ce soir dans vos serveurs, combien de semaines vous faudra-t-il pour l'apprendre, et faudra-t-il qu'on vous le dise de l'extérieur ?

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